Un après-midi à Portofino
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Viaggio · Liguria
I. L'heure
Il faut d'abord comprendre une chose : à Portofino, la question n'est pas où, mais quand.
De onze heures à seize heures, le village appartient aux paquebots. Trois mille personnes descendent sur une place qui en contient trois cents, la Piazzetta devient un couloir, et l'endroit se met à ressembler à sa propre carte postale, en moins bien. Puis vers dix-sept heures, quelque chose se produit. Les navettes repartent. Le silence revient par vagues. Les tables se dégarnissent, les serveurs se détendent, la lumière passe à l'ocre, et Portofino redevient ce village de pêcheurs improbable que soixante ans de mondanités n'ont jamais tout à fait réussi à abîmer.
C'est à cette heure-là que l'on arrive. Pas avant.
II. La Piazzetta
Elle porte un nom que personne n'emploie, Piazza Martiri dell'Olivetta, et elle mesure moins qu'un court de tennis. Sur trois côtés, les façades en trompe-l'œil, ces fausses fenêtres, ces faux balcons peints par des artisans qui n'avaient pas les moyens du vrai et ont inventé mieux. Sur le quatrième, le port, les barques, et une flottille de yachts qui ne trompe personne sur l'époque.
On y déjeune ou l'on y dîne chez Puny, au numéro 5, la même famille depuis des générations, une salle minuscule, une réservation obligatoire, et des pâtes aux palourdes dont on parle encore l'hiver suivant. Ou, dans un tout autre registre, au DaV Mare, au numéro 1, table de la maison Da Vittorio installée au rez-de-chaussée du Splendido Mare. Le prix est à la hauteur de la vue, ce qui est une façon élégante de dire ce que cela coûte.
Un conseil que l'on ne vous donnera pas ailleurs : sur cette place, plusieurs terrasses vivent exclusivement de leur emplacement. La carte y est un décor et l'addition une œuvre de fiction. Choisissez avant d'avoir soif.
III. La montée
Vingt minutes de marche suffisent à changer de monde.
On prend la Salita San Giorgio, on grimpe dix minutes, et l'on trouve la petite chiesa di San Giorgio, posée sur son promontoire. L'église est le plus souvent fermée. Ce n'est pas grave : personne ne monte pour l'église. On monte pour le parapet, pour le village en contrebas réduit à une poignée de couleurs, pour la mer qui recommence de l'autre côté.
Cent mètres plus haut, le Castello Brown, Via alla Penisola 13, dix euros, ouvert jusqu'à vingt heures trente en saison. Une forteresse reconvertie, des jardins méditerranéens, et depuis la terrasse la vue que tout le monde a vue et que personne n'oublie. Montez à dix-neuf heures. La lumière fait le reste.
IV. Paraggi
Entre Santa Margherita et Portofino, une anse minuscule, une eau d'un vert impossible, du sable là où toute la Ligurie n'offre que des galets. C'est Paraggi, et c'est le secret le plus mal gardé de la côte.
Langosteria Paraggi, Via Paraggi a mare 1, y sert du poisson avec une précision milanaise et une vue ligure, ce qui constitue une combinaison difficile à contester. Les Bagni Fiore, à la même adresse, louent transats et cabines à ceux qui veulent la journée entière.
V. San Fruttuoso
Et puis il y a l'endroit dont on ne parle qu'à demi-mot.
San Fruttuoso n'est accessible ni en voiture, ni en scooter, ni en aucune façon qui ressemble à la modernité. On y arrive par bateau, depuis Portofino ou Camogli, ou à pied par le sentier du promontoire : deux kilomètres et demi, cinq cents mètres de dénivelé, et l'on comprend en chemin pourquoi les moines avaient choisi cette crique. Le bon calcul consiste à marcher à l'aller et à repartir par la mer, ce qui suppose d'avoir lu les horaires du dernier bateau. Lisez-les.
L'abbaye est là depuis le Xᵉ siècle, les pieds dans l'eau, dans une crique où il n'y a rien d'autre. Rien. C'est précisément l'intérêt.
VI. Le dîner
Rentrez par Camogli, que Portofino a la délicatesse de rendre invisible et qui vaut mieux que sa discrétion. Les meilleures tables tiennent toutes dans une seule rue, la Via Giuseppe Garibaldi : Izoa au numéro 99, le soir uniquement, fermé le lundi ; Ostaia da ö Sigù au numéro 82 ; La Trattoria del Pesce au numéro 192, dans une ruelle, où l'on mange les acciughe fritte les plus justes de la côte pour le tiers du prix de la Piazzetta.
Puis la nuit tombe, et l'on comprend qu'on aurait dû rester trois jours.
Le carnet
Y aller · Bateau depuis Santa Margherita ou Camogli. La route existe et se regrette. La bonne heure · Après 17 h. Avant, c'est un parking. Déjeuner, dîner · Puny, Piazza Martiri dell'Olivetta 5 (réservation impérative) · DaV Mare, même place, n° 1 Monter · Chiesa di San Giorgio, Salita San Giorgio · Castello Brown, Via alla Penisola 13, 10 € Se baigner · Paraggi. Langosteria, Via Paraggi a mare 1 · Bagni Fiore, même adresse Marcher · San Fruttuoso, 2,5 km depuis le promontoire, retour en bateau (vérifier le dernier départ) Dormir · Splendido Mare, Via Roma 2 · Splendido, Viale Baratta 16 Dîner ailleurs · Izoa, Via Garibaldi 99, Camogli · La Trattoria del Pesce, Via Garibaldi 192
Horaires et jours de fermeture vérifiés en juillet 2026.
Au poignet : Il cielo e sempre piu blu. Le ciel est toujours plus bleu. Rino Gaetano en avait fait un titre en 1975, « Ma il cielo è sempre più blu », que l'Italie chante encore. À Portofino, ce n'est pas une chanson, c'est un relevé.